Les romans de Lotis

Les romans de Lotis

J'écris, je partage, je rends compte

Une femme d'une quarantaine d'années

Une femme d’une quarantaine d’années palpait ses cervicales. Elle lui adressa une parole de consolation académique, d’une traite agacée. Elle examina les dorsales, ausculta les poignets, vérifia même la tension, décréta rien de grave. Les sillons cicatriseraient, il fallait patienter. Un drôle d’accent jalonnait son topo, pas l’expression d’une origine. Plutôt celle d’une particularité. C’était elle, Léonore, le médecin de nos ombres. La Belle avait confié la raison du surnom, prévenu :

« Si tu la vois un jour, il vaut mieux la craindre, elle. Pas ce qui l’a amenée. »

La fille écoutait. Et les intonations l’écœuraient. Elle paria sur l’ignorance. 

Cassandre : Vous êtes ?

La femme rétorqua comme prévu, puis :

« Ne t’inquiète pas, jeune fille. Je suis médecin. »

La Belle l’avait rencardée aussi :

« Si elle te sort ça, c’est que tu lui plais. Sinon, les phrases pour rassurer, elle se les garde. »

La femme prononça deux instructions pour ses vertèbres. Lui fournit une crème analgésique, de la codéine. Évacua les lieux. Cassandre voulut se dresser. Bascula en arrière contre son oreiller. Elle était éreintée, elle avait dû se fêler le crâne. Et elle avait rencontré Léonore.

 

Léonore : Ta protégée n’a rien de grave.

Mark : Très bien.

Léonore : Quel âge peut-elle avoir ? Quinze ans ? Seize ?

Mark : Tu devais l’examiner d’une façon tout à fait professionnelle. Rien de plus.

Son timbre d’alto divaguait vers le grave, striait son sourire.

Léonore : Je suis mal venue pour te faire la morale. Mais elle a l’air d’une idiote.

Mark : Comment peux-tu juger en si peu de temps ?

Léonore : Je me fie à ton type… d’adolescente. 

Elle s’installa sur un fauteuil près des bronzes. Elle délaça sa coiffure. Ses longs cheveux noirs bâchèrent ses épaules. Elle était majestueuse. Malgré les fils argentés sur les tempes, les rides aux commissures. L’âge, hypocrite, n’avait pas altéré les pupilles, leurs noyaux presque opaques.

Léonore : Elle est très belle, je l’admets. Elles le deviennent toujours plus par la suite.

Mark : Chacun de nous a ses lubies. Celle-ci n’est pas pour toi.

Léonore : Le proxénétisme t’a tourné la tête ?

Mark : Je pallie l’ennui. Comme les clients des filles. Comme toi. Comment va ton mari ?

Léonore : Il est à Boston.

Mark : Et toi, amant ou maîtresse en ce moment ?

Léonore : Ton cynisme me plaît. Ta petite copine aussi. C’est vrai.

Ses lèvres découvraient des rangées de dents lustrées. Elle admira son hôte qui lui servait un vieux cognac. Il ne lui proposait pas de rendez-vous avec son employée. Elle préféra plaisanter.

Léonore : Tes parents espèrent ton mariage ?

Mark : Qu’ils espèrent. Je suis à la recherche de l’âme sœur.

Léonore : Tu es un romantique, au fond.

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