Les romans de Lotis

Les romans de Lotis

J'écris, je partage, je rends compte

Une averse stationnait

Une averse stationnait par-dessus les toitures. Les nuits s’avéraient humides, les jours encore longuets. Mais ce soir-là engloutit Saint-André tôt, d’une traite. Elle franchit la grille du square puis la ruelle. Elle apprécia un temps le calme. L’ondée ne la rebutait pas. Elle n’avait aucun rôle à tenir. Sur les pavés de la vieille ville, les gouttelettes révélaient des millions d’échos, des effluves de granit, de poutres. Plus loin, les devantures des restaurants embaumaient les fondues, les frites, les raclettes, les choucroutes. Des rires, des chansons s’élevaient d’une taverne. Elle s’éloigna vers les arcades. Bientôt, elle serait au chaud. En sécurité…

Victoire : Ah ! Je savais bien que tu passerais par là !

Son sourire s’épanouissait. L’autre ne semblait pas perturbée. Juste paralysée dans son insouciance. Immortalisée dans son élan façon modèle photo.

Victoire : Mais j’aurais préféré que tu passes plus tôt, ça caille.

Cassandre : Moi, je ne t’attendais pas ici.

Victoire : J’suis au courant… Alors, on prévient plus sa meilleure amie quand on sort, maintenant ?

Cassandre : Tu te sens délaissée ?

Victoire : Total. Le sosie de Jim, que j’ai eu tant de mal à dégoter, mon serveur, il m’a remplacée dans ton cœur ! Je m’en doutais, remarque…

Cassandre : Mais… Je le vois plus, lui…

Victoire : à ce compte-là, j’ai une auréole qui me démange le bout des oreilles, ma grande ! La vérité, c’est que tu sais pas m’embobiner. Voilà au moins un domaine où tu feras jamais mieux que moi !

Cassandre : Puisque je te dis que je ne vois pas Michael !

Victoire : Puisque je te dis que j’ai jamais vendu mon corps !

Cassandre : Hilarant !

Victoire : Si t’as rien de prévu, je peux t’accompagner.

Cassandre : Ah non, ce n’est pas possible, j’ai besoin d’être seule… Pour réfléchir…

L’Énervée recula pour s’abriter du crachin sous les voûtes. Dégaina une allumette. Soigna la calcination du bout d’une cigarette.

Victoire : On récapitule ? Mademoiselle fait croire je ne sais quoi à ce cher Mark, elle se rend chez son amant d’un pas enjoué. L’amant l’attend disons, dans un quart d’heure. Mais si mademoiselle s’acharne à baratiner la meilleure amie qu’elle a sur Terre, mademoiselle sera en retard. Ou pire : mademoiselle sera accompagnée. Si on avoue tout, monsieur se doutera de rien, et on pourra profiter à gogo de sa soirée cochonne. Alors ?

Cassandre : Je suis à la merci de ta discrétion. C’est terrifiant.

Victoire : Appelle-moi Victoire, ça sonne mieux. Et pis, y’a pire dans la vie : y’a se farcir le Chauffeur.

Cassandre : Ben même ça, tu vois, c’est pas pire que de devoir compter sur toi.

 

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