Les romans de Lotis

Les romans de Lotis

J'écris, je partage, je rends compte

Le trousseau tournoyait

L'appartement – Le trousseau tournoyait entre son pouce et son majeur.

Cassandre : Chut, pas de bruit… 

Elle posa un index sur ses lèvres. Le salon était désert. Elle attrapa son sac dans un placard. S’assit devant lui sur une chaise. Taxa une longue à la Belle. La fuma avec délectation. Détailla les affaires de l’Énervée au loin sur le bar. Une latte racla sa gorge. Elle toussa. Elle se sentit atterrir. Soulagée d’un poids. La Belle s’affala sur un sofa, médita. Cassandre, ses attitudes la dépaysaient. Depuis le début. Elle l’avait côtoyée d’abord en collègue, elle l’avait cru simpliste. Elle l’avait observée dans son autre univers, celui de la journée. Et elle avait découvert une aisance à se glisser partout. Dans sa classe, elle était réputée pour sa timidité. Dans le clan, elle devenait décisionnaire. Sans trahir son naturel ambivalent. Sans ôter son masque. Comme si elle avait acquis depuis longtemps les bases du job. Ou comme si elle jouait la comédie pour Mark. Pour lui plaire. Or, la trame de ce soir-là n'était pas prévisible, peut-être même dangereuse. Ce que Cassandre mijotait n’était pas destiné à l’Énervée. Mais à Mark. Il allait être très compliqué, même si sa réaction était logique, d'assurer ses arrières. Enfin Cassandre se pétrifia. Partit ouvrir les réserves. Emballa dans son sac à dos, des fringues, un litre de Sauternes, deux Talisker grand format. Sangla le tout. Sourit crescendo à l’adresse de ses collègues.

Cassandre : Bon, quand c’est l’heure, c’est l’heure… 

Elle logea les provisions sur ses omoplates, récupéra sa clope. Se dirigea vers la chambre de Mark. Le long du corridor, elle ponctua les tapis de cendres de tabac. Pour voir si un plant allait apparaître. Un effluve d’animosité, une once de mépris, un gramme de triomphe la pincèrent. Elle poussa la porte. La lumière crue fusa sur les planches. L’Énervée et son Roméo se remettaient de leurs émotions. S’habillaient avec les draps. Mademoiselle avança vers eux. Savoura le tableau, en Napoléon à Iéna version hard. Derrière elle, dans le couloir, deux silhouettes se bousculaient pour mater aussi.

Cassandre : Je vois que je vous dérange, je me disais que ma visite vous ferait plaisir ! Après tout, mon soi-disant mec et ma soi-disant meilleure amie, ils aiment me voir, non ? Mais vous occupez surtout pas de moi, c’est pas la peine, continuez, en fait, je fais que passer, je veux juste te donner tes clés, Mark, ouais, je sais, c’est pénible, mais c’est la vie…

Mark : Je…

Cassandre  : Donc, qu’est-ce que je dis, moi, déjà ? Ah oui, je garde le perf’, c’est normal, c’est un cadeau, bon, je te laisse ton fric, tes pétasses, je te laisse l’Énervée, bien sûr, parce qu’après tout, vous allez trop bien ensemble, le fric, le cul, c’est votre domaine, vous faites un couple parfait

Mark : Mais…

Cassandre : Ah oui, j’oubliais : vous me laissez tranquille, je vous laisse tranquille, on oublie tout, merci, oui, oui, je tiens vraiment à vous remercier, tous les deux, Lola, tu m’as appris des tas de trucs, et toi aussi, Master, sur l’hypocrisie et la manip’, vous êtes imbattables, tous les deux. Bon là, ce n’est pas que j’m’ennuie, mais j’veux pas vous déranger plus longtemps, alors amusez-vous bien, les clés sont dans le hall.

Elle recula. Les fixa. Dans son dos, deux figures rougissaient à force de contenir leur hilarité.

Cassandre : Ciao, les filles.

Annabelle : On reste là ?

Cassandre : Rendez-moi ce service…

Elle se régala un instant de toutes les scènes futures. À cause de son absence, si justifiée. Puis elle courut vers la sortie. Lança le trousseau. Grimaça une dernière moue muette aux deux curieuses. Perçut un appel…

Victoire : Poupée, attends…

On ne l’écouta pas. On prit ses jambes à son cou.

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