Les romans de Lotis

Les romans de Lotis

J'écris, je partage, je rends compte

10. Le Spectateur

Le spectateur

 

Tiens un autre surnom, le Chauffeur. Il n’en avait pas que le surnom d’ailleurs : il avait la gueule de l’emploi. Sa tronche ne m’est jamais revenue. Comment Lina a-t-elle pu ? Rien que, l’imaginer, c’est infernal, c’est dingue. Ce larbin, il n’avait pas un atome de classe, pas de jugeote, il puait l’after-shave fétide et la sueur. La neige, croyez-moi, c’est sans pitié et ce n’est pas un facteur de longévité. Lina et Fabrice. Ça frise l’accablant, ça donne des cauchemars. Surtout à moi, parce que je suis un sentimental, oui. Sans parler de mes rencards avec elle.

C’est vrai : j’étais client. OK. Et alors ? Vous n’avez jamais regretté des trucs, vous ? Moi des fois, je regrette d’avoir été seulement un client pour Lina. Elle m’a fait craquer. Son air glacial, surtout. À l’époque, ça m’a attiré parce que c’était dans mes cordes. Elle était moins lumineuse qu’Annabelle, alors elle m’a paru plus accessible. Je n’aime pas jaser. J’essaierai de m’exercer à en dire plus sur Lina, je ferai l’effort.

J’ai aussi eu l’occasion de croiser la tarée de service, Léonore. Elle m’a laissé un souvenir impérissable. Celui d’une caricature de feuilleton, entre l’ex-espionne du KGB et la scientifique folle qui expérimente sur les animaux et les êtres humains accessoirement. Tailleur, expression du cannibale à l’affût de sa bouffe, vous voyez ? Sans toutes ses qualités, elle aurait pu être mignonne. Avec une bonne dose d’obscurité, des litres de whisky ou d’abstinence. Les trois auraient-ils suffi ? Grande question. Ce n’était pas mon type du tout. En plus, un soir, elle a chassé sur mon territoire. Elle a dragué Lina. Je ne vous raconte pas. C’est trop obscène. De ça aussi, j’en cauchemarde encore.

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