Les romans de Lotis

Les romans de Lotis

Je raconte des histoires, vraies de préférence.

La serveuse, contre le comptoir

Dans le petit café – La serveuse, contre le comptoir avec son journal, souriait à la jeune fille. À part elles deux, il ne restait personne autour des tables.

La serveuse : Alors, Cassandre, tu ne vas pas en cours ?

Cassandre : Pas la peine. Il ne s’y passe rien d’intéressant.

La serveuse : Arrête de déprimer, tu vas faire fuir mes clients.

Cassandre : T ’as pas remarqué, c’est déjà fait.

La serveuse : Qu’est-ce que tu veux, ce sont tous des courageux.

Cassandre : Tu me redonnes…

La serveuse : Un grand café crème avec trois sucres, c’est parti.

Elle s’activa vers la machine. Revint plus tard avec la tasse fumante.

Cassandre : Comment tu fais, Nathalie ? Toi, t’es toujours de bonne humeur.

La serveuse : C’est parce que je me suis faite à l’idée que j’aurais jamais de promotion. Quand on ne souhaite plus rien, on n’est pas déçu. Et puis, j’ai mon homme, il vaut bien toutes les promotions…

Admirative, sa cliente approuva la philosophie. Un homme entra dans le bar. La serveuse se tourna vers lui. Chuchota à sa cliente, un peu pâlotte soudain.

La serveuse : Note bien, mon homme, physiquement, il ne vaut quand même pas celui-là…

Elle toussota. Parce que le beau mec ciblait la brune.

La serveuse : Bonjour ! Qu’est-ce que je vous sers ?

Il demanda un expresso. La serveuse, rosie, tremblotante, s’esquiva. Elle marmonnait au percolateur :

« Si j’avais su qu’elle le connaissait… Ma fille, t’as encore perdu une occasion de te taire… »

Cassandre digérait un regain de dégoût. La venue la troublait. Ne la surprenait pourtant pas. Les coudes plantés sur le formica, elle pénétrait au cœur des jades. Épluchait leur magnétisme. Pour mémoire. Elle embrasa une longue.

Mark : Mademoiselle se terre ?

Cassandre : Monsieur s’ennuie ? Oh ? T’as pas de quoi t’occuper ?

Mark : Je veux te revoir.

Cassandre : Mais regarde bien : là, tu me revois.

Mark : Allons ailleurs.

Cassandre : À part l’impératif, t’as des notions de grammaire ?

Mark : Je veux que tu m’écoutes.

Cassandre : Il n’y a pas que ce que tu veux qui prime. Mark.

Mark : Très bien. Tu veux que je m’excuse ?

Cassandre : Non. Je veux que restes en dehors de ma vie.

Mark : Nous pourrions parler de tout ceci calmement.

Cassandre : Tu pourrais me lâcher. Tu ne fais plus partie de ma vie, tu sais ?

Mark : Moi, je ne fais plus partie de ta vie. Sans doute. Mais les autres, tes amies. Tes collègues.

Cassandre : C’est pas croyable, tu peux pas t’empêcher de les mêler à ta connerie…

Elle contrôla son impulsion. Raisonna la hausse de ton. La serveuse s’approchait à tâtons. Déposait la commande. Un clin d’œil entendu pour sa cliente accompagna son retour au comptoir.

Mark : Je suis désolé.

Cassandre : J’ai déjà eu droit aux excuses de Victoire, c’est bon. Le pire, chez vous deux, c’est que vous ne croyez pas un mot de ce que vous dites. On ne change pas les habitudes.

Des résidus calcinés volaient dans un cendrier contre son poignet. Elle inhalait sa nicotine, son palliatif à l’agressivité. Le filtre chuintait presque.

Mark : Que puis-je faire pour que tu me croies ? 

Cassandre : Oh, c’est pas beau, l’attendrissement, ça te va pas au teint.

Mark : Mais je ne suis qu’un V.R.P. comme tu l’as si bien dit. J’ai beaucoup de défauts…

Cassandre :… Sous ta belle gueule, t’as seulement des défauts…

Mark : Tu n’es pas sensible aux apparences ? Je ne t’ai jamais menti…

Cassandre : C’est vrai. Tu me préviens toujours avant de frapper...

Mark : Tu connais la vérité. Toi et moi, nous nous complétons et…

Cassandre : Mais non, tu te sous-estimes. T’as besoin de personne pour compléter ta mégalo…

Mark : Prends des vacances. Fais une pause. Ce que tu veux. Mais reviens.

Cassandre : Prends l’air. Saute l’Énervée. Oublie-moi.  

Mark : Et si je pense réellement que j’ai besoin de toi. Que je t’aime. Que je ne peux plus me passer de toi.

Il n’avait pas touché à sa consommation. Il se leva. Paya d’emblée tous les cafés. Nathalie, aux anges, recompta son pourboire. Le beau mec rebroussait chemin. Se penchait, hypnotique, contre les tempes de la brune :

« Réfléchis. S’il te plaît. »

Il se dirigea ensuite dehors. La serveuse trompeta un au revoir à son passage. Le beau mec disparu, elle se rua sur sa cliente.

La serveuse : Excuse-moi, pour toute à l’heure. Je savais pas que c’était un de tes copains.

Cassandre : C’est mon ex.

La serveuse : Sérieusement ? Il faudra que tu me dises où tu l’as trouvé, celui-là. Tu en as combien des ex comme lui ?

Cassandre : Un seul. Crois-moi, c’est bien assez.

 

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