Les romans de Lotis

Les romans de Lotis

J'écris, je partage, je rends compte

L'Enervée dégaina

L’Énervée dégaina un paquet de la poche interne de son blouson. À son entrée, les spots lustrèrent le plastique, jaune sable et brun, d’un coloris de platane à l’automne. Elle les nargua, ses clopes, elles s’anéantiraient bientôt, toutes en cendre d’ici au soir. Elle s’enfonça dans la salle. Investit une banquette. L’heure galopait, une dératée.

Elles jaillirent depuis la rue. Pilèrent, fondirent face à elle. Un dessous de chaise cria. Leurs deux visages confessaient une crispation. Un barman vint enregistrer la commande. Elles récitèrent en chœur la même devise, une coutume en temps de crise :

« Trois bières s’il vous plaît. »

Le barman les connaissait. Il emporta plus loin son miel. Puis les doutes s’estompèrent dans les remous.

Lina : Quoi encore, l'Énervée ?

Victoire : Ouvre bien grand tes p’tites feuilles : après réflexion, l’ancêtre lâche ta sœur. La veinarde.

Annabelle : Quoi, on se mêle plus de rien ?

Les chopes s’alignèrent sous leurs museaux. L’Énervée régla d’office. Une gorgée après l’autre, les gosiers se rafraîchissaient.

Victoire : Sans vouloir te vexer, c’est la Blonde que j’ai sonnée.

Annabelle : Mais je suis son double, c’est mon binôme !

Victoire : Normal. Vous vous partagez un neurone unique. Bon, je m’arrache.

Sur ce, elle entama un décollage en règle.

Lina : Ton demi ?

Victoire : Plus soif.

Des ongles féroces griffèrent sa clavicule, enrayèrent sa progression…

Annabelle : Attends voir... Comment se fait-il qu’il oublie Daphné comme ça, le Vieux ? Qu'est-ce qui se passe ?

Victoire : Va poser la question à Mark. Et à mademoiselle.

Elle manœuvra, se dégagea de la poigne insolite de la Belle.

Lina : Mais c’est qui, mademoiselle ?

Victoire : Ouais, je sais, une blonde, pour accoucher de jugeote, c’est mission impossible. Utilise le cervelet de ta copine, tu vas piger.

Elle s’élança sans plus tarder. Une nuée de pots d’échappement l’aveugla sur le boulevard. Elle s’immergea à satiété dans les émanations. Franchit le carrefour. Des freins gémirent. Des pare-chocs frôlaient ses genoux. Une épave venait de la louper de peu. Le conducteur digéra sa frayeur. Beugla derrière sa vitre. L’Énervée lui tira la langue en guise de révérence. Et accéléra.

 

Article précédent Article suivant
Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost0

Commenter cet article