Les romans de Lotis

Les romans de Lotis

J'écris, je partage, je rends compte

Il était deux heures

Il était deux heures du mat’. Par-delà le balcon, le parvis autour de la piscine se gerçait de cinq lueurs. Les trames des pergolas, le pavillon d'été fantomatique se dessinaient. Les énormes griffes des noyers ployaient sous la gelée à l'orée du parc. Elle se figeait contre la vitre. Laissait bourgeonner les doutes un à un. Une insomnie lui infligeait ses échardes, les devinettes sur les jades de ses yeux à lui, sur ses amis aussi, Dimitri, les deux autres, érudits, courtois… À des lieux de certains vieux infects moches. Elle suspectait l’Énervée d’avoir fini avec un des convives. Et Annabelle chez Dimitri, c’était une évidence.

Pourtant, elle avait passé une bonne soirée. Sans plane d’aucune sorte. Juste du demi-sec. Curieux, d’ailleurs, ces échanges. Sur les dernières boîtes tentaculaires, l’art, le théâtre japonais… Et la maison était immense. Un château. Le confort dominait dans les chambres de l'étage. L’acajou égayait les causeuses, les consoles et les miroirs omniprésents. Chamarrés, écarlates, les fauteuils réchauffaient leurs accoudoirs au contact des fenêtres, un parquet ciré ancien sous leurs pieds. 

Les lattes craquaient quand elle se déplaçait. Elle entama une longue. Entrebâilla la fenêtre, pour un filet d’oxygène. Comme lorsqu’elle était chez elle, avec sa famille. À quelques kilomètres sur l’autre versant de sa montagne.

Mark : Tu ne veux pas dormir, mademoiselle ?

Il arrivait. Déposait un peignoir sur ses épaules. L’enroulait dans le coton.

Cassandre : Tiens donc tu m’appelles comme ça aussi ?

Mark : Tu te plains toujours parce que tes amies t’appellent poupée. Mademoiselle te convient mieux...

Elle plongeait dans les jades. Ils l’éclairaient à nouveau. Il décidait pour elle. Elle était à la merci de son tempérament. De ses prétentions de dingue. Elle continuerait, elle, à se ranger à ses ordres, à sortir de son lit pour une soirée de détente, pour une passe, au hasard, selon son choix à lui. Les questions ne se légitimaient pas, elles ne tasseraient jamais l’évidence : un mac, sa pute. Parce que lui, il était illogique.

Mark : Éteins cette cigarette maintenant. Viens dormir un peu. Je te ramène dans deux heures.

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