Les romans de Lotis

Les romans de Lotis

Je raconte des histoires, vraies de préférence.

Hey you, you know me

[...]Hey you, you know me, you've touched me, I'm real
I'm forever the one that lets you look and see and
Feel me
I'm danger - I'm the stranger
And I, I'm darkness, I'm anger, I'm pain
I am master
The evil song you sing inside your brain
Drive you insane
Don't talk
Don't let them inside your mind, yeah
Run away, run away, go!
[...]

 

DIO— Don't Talk to Strangers (Ronnie James Dio) — « Holy Diver», Phonogram 1983.

 

Solèse – Perchée sur son tabouret, Camellia encore engourdie détaillait les phalanges du barman sur le cristal. La soirée avait pourtant démarré normalement. Le client s’était montré élégant. Galant. Un nouveau dans son carnet. C’était la deuxième fois qu’elle le voyait. Un mec banal. Sans signe précurseur de fantasme sadique. Puis d’un coup, le seuil de la chambre à peine franchi, tout avait dégénéré. Il lui avait assené un coup, avait tiré un martinet de sa Samsonite, lui avait sauté dessus. Elle s’était raisonnée :

« Après tout… »

Elle aurait dû partir. S’échapper. Sa fierté mal placée l’avait retenue. Elle ne savait pas demander de l’aide. Elle se croyait capable de tout supporter. Maintenant, elle se sentait faible. Seule. Malade. Il lui avait lacéré les fesses avec son martinet. Des griffes s’étaient imprimées sur la chair de ses hanches, de ses cuisses. Elle avait lavé, couvert les plaies comme elle avait pu dans la salle de bains. Mais elle craignait les traces sur sa robe lorsqu’elle se lèverait. Ce n’était pas le pire. Le pire, c’était l’humiliation, les insultes, gratuites, il ne la connaissait pas, sa façon infecte de la tourner, de la retourner, de la secouer, dans tous les sens. Poupée de chiffon. Le pire, c’était qu’elle se réveillait dans cet état. Alors qu’une heure plus tôt, la douleur lui semblait encore légère, la scène habituelle. Elle se haïssait. Sans conteste.

Camellia avait assuré. Avait touché un supplément conséquent. Puis avait téléphoné tôt à son chauffeur, un automatisme. Cassandre aurait préféré se planter seule au bar de l’hôtel. Picoler, jusqu’à l’oubli d’elle-même, sniffer dans les toilettes jusqu’à se revoir jolie. Et elle osait à peine remuer, à cause des lignes de sang, à cause des brûlures sur ses seins, ses fesses, ses souillures. Le barman lui souriait. 

Elle entendit :

« Bonsoir Cassandre.

Elle ne répondit pas. Elle enquilla quatre gorgées de champagne. Il s’installait sur le tabouret voisin, le barman lui versait une coupe. Il se penchait vers elle, murmurait :

ça s’est mal passé ? 

Un son sourd monta de sa gorge à elle.

– Plutôt. »

Il essaya de relever une mèche rebelle de sa perruque. Collée par des larmes. Qu’elle n’avait pas senti couler. Qui l’asphyxiaient.

Cassandre : Qu’est-ce que tu fous là ?

Une salive âpre, douloureuse, dévalait sa trachée.

Mark : Ton chauffeur m’a appelé.

Il chercha un paquet de longues sur le bar. Ne le trouva pas. Elle fixa ses mains sur ses tempes. Réfléchit. Ânonna.

Cassandre : ça te fait bander de m’imaginer avec ces porcs. 

Mark : Peut-être.

Ce n’était plus vrai. Il était revenu à ce devoir, se vacciner contre sa présence, contre son corps. Il ne ressentait qu’une sorte de honte à la voir souffrir. Sans éprouver le moindre dégoût, jamais. Rien n’allait dans le sens prévu, il perdait le contrôle des évènements. De ses sentiments. Il saisit son sac à elle. L’ouvrit, le fouilla. Extirpa un paquet de 100'S, un autre de Kleenex du magma. Les tendit l’un après l’autre. Sans succès.  

Cassandre : T’es pas étanche…

Mark : Je vais te raccompagner.

Elle tremblait. Il ramassa sa saharienne sur le bar pour l’envelopper. Elle ne se défendit pas. Il régla les consommations. Puis attrapa son sac, agrippa son bras, l’entraîna dehors.

 

 

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