Les romans de Lotis

Les romans de Lotis

J'écris, je partage, je rends compte

Et l'homme dit

 

Et l’homme dit :

Voici cette fois celle qui est os de mes os et chair de ma chair !

On l’appellera femme, parce qu’elle a été prise de l’homme.

 

LA BIBLE — ANCIEN TESTAMENT, GENESE. La Création et la Chute.

 

Saint-André — Elle clopinait à l’aventure, sans but. L’ivresse bémolisait les mots dans ses connexions neuronales. C’était un laps de temps sans unité. Un après-midi sans limites. L’Énervée déprimait, d’une rengaine, de deux inscriptions. Ce n’était pas sympa de sa part, elle fouinait régulièrement dans les affaires de sa Poupée. Plus par familiarité que pour l’espionner. Elle aimait dénicher ses inventions. Ses faux poèmes ou avec de la veine, un bout de journal intime. L’autre l’avait deviné d’ailleurs, malgré ses précautions. C’était en majuscules surlignées dans le carnet lorsqu’elle l’avait entrouvert le jour précédent. Une phrase pour elle, sans indulgence :

« Victoire, achète-toi une conscience à l’occasion. »

Alors, l’Énervée avait noté au-dessous, au feutre indélébile :

« Merci, j’y penserai. »

Puis refermé le journal. Et elle l’avait claquemuré dans le cartable. Cassandre savait. Mais elle avait fait semblant d’ignorer. L’Énervée aurait dû s’en ficher. Elle, au contraire de sa Poupée, elle était rationnelle : il ne fallait pas chercher, il fallait vivre, à quoi bon s’encombrer d’une conscience ? Dans leurs situations, le mensonge, c’était un allié. On ne se refait pas. Elle sentait des larmes se dépêtrer dans son gosier. On peut essayer quand même ?

 

Elle aboutit chez la Blonde en fin d’après-midi. La cadette de sa collègue lui ouvrit. Et elle douta d’elle-même. À cause de l’expression de bernée. Des iris presque violets, des améthystes sous la lumière. Elle batailla, se munit de cordialité. Faire semblant. Toujours. Elle bondit sur la Blonde. La traîna d’autorité jusqu’à sa chambre pour se dérober à la présence de l’innocente. Là, elle ordonna à Lina de s’asseoir.

Lina : Tu pourrais me dire…

Victoire : Daphné peut rien entendre, là ?

Lina : Ben non, tu viens de lui claquer la porte au nez, elle a dû aller…

Victoire :… Je me mords plus que les doigts, là je m’avale les molaires. Enfin, bon… Je dois essayer…

Lina : Tu déboules ici, tu traumatises ma petite sœur, alors tu vas me dire ce qui te prend ! C’est bien moi que tu voulais voir ? Tu ne t’es pas trompée d’adresse ?

Victoire : Ho, Daphné, c’est bien elle ta sœur, non ? Ta Daphné, elle voit le Vieux, souvent, c’est son grand pote, tu te souviens de rien, là ? Je dois te rappeler la combine ?

La Blonde agita ses boucles, confuse, elle n’osait pas le croire…

Victoire : Bon, en même temps, t’es blonde, je vais te le traduire : le Vieux, il veut mettre le grappin sur elle. Ta sœur. Daphné. Réaction ?

Lina : J’hallucine… Les rapaces. Je vais lui dire de…

Victoire :… Tu veux crever de honte sur place ou quoi ? Tu veux dire quoi ? Coucou, ton grand copain est un mac, coucou, je suis sa pute ?

Lina : Qui est au courant ?

Victoire : Que toi. Et moi. Le vieux bouc. Il veut se taper un max de loisir. Pourquoi pas vous fourrer toutes les deux dans le même pieu en bonus ?

Lina :… C’est pas possible… Daphné, elle a seulement…

Victoire : Ouais, le même âge que moi. En plus, tu connais les goûts du Vieux.

Lina : Mais qu’est-ce que je peux faire ?

Victoire : On lui évite tout. Qu’elle vive aveugle, ta Daphné chérie. Sa frangine a assez morflé.

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