Les romans de Lotis

Les romans de Lotis

Je raconte des histoires, vraies de préférence.

Elle devait

 

Elle devait rédiger un poème, cinq lignes, réviser une valse de Chopin au piano, dessiner des larmes sur son carnet à confidences, elle ne tenait plus seule son stylo, Jim Morrison lui dictait des rimes. Il se transformait, c’était Michael bien sûr, c’était un songe sans réalisme, distordu, tiède, pas drôle, mais pas désagréable. Elle somnolait. Mark revenait, arborait un air dangereux. C’était un mauvais jour, il l'empoigna. Elle valdingua devant le canapé. Se mangea le tapis sans trop savoir comment. À moitié dans les vapes, elle tentait de reprendre ses esprits. Puis inventoria l’horloge dans son ornement de bronze. Dans un périmètre de vingt centimètres derrière ses omoplates. 

L’Énervée se maintint dans sa neutralité. Pas un de ses cils ne frémit. Ce n’était pas de son ressort de protéger ou d’aider sa Poupée. Le vestige du dix-neuvième bourdonnait ses tics tacs. Au signal de Master, l’Énervée emporta son sac et son pack de mousses. Après tout, elle l’avait payé. Elle déménagea fissa des environs. La nécessité était un gouvernail solide. L’Énervée avait besoin d’oseille. Donc de patrons. Au milieu du salon, il ne restait que Mark et Cassandre. Lui se distrayait avec les articulations de ses pouces. Elle épiait l’orage. Abonnée aux losanges du tapis.

Mark : Premièrement, je t’interdis de boire.

Les phalanges se pressurisaient, craquaient. Elle osait un peu se redresser.

Cassandre : Mais j’ai pas beaucoup bu…

Elle en était à la phase debout. Il la frappa une fois. De nouveau au sol, elle désespéra. Elle connaissait d’emblée la suite. Le cliquetis de pendule dans son dos l’oppressait. Elle craignait un traumatisme du crâne, n’importe quoi. Le bronze, ça ne pardonne pas.

Mark : J’avais confiance en toi, Cassandre.

Elle appréhenda ses yeux fixes. Ils roulaient sur elle. Elle pria.

Cassandre : Mais de quoi tu parles ? 

Il ne répondit pas. L’enchaînement se produisit comme prévu. Elle, elle évita le voisinage des sculptures. Limita les dégâts, cuirassa par réflexe son visage contre l’avalanche. S’excusa de tout et du reste à travers le voile de ses mains. Il n’entendait pas. Une accalmie nettoya le ballet. Elle inspira avec difficulté. Déstabilisée par le changement de cap. Le décor bascula d’un coup. Elle respira ce qu’elle pouvait, il l’étranglait.

Mark : Tu as vu ton petit ami hier soir.

Elle se contorsionna. Elle suffoquait, sa trachée s’incendiait. Il la lâcha. Elle jura qu’elle était avec Annabelle le soir précédent. Un nœud encrassait encore les cavités de sa gorge. Elle ne pouvait plus que murmurer. Cette fois, elle allait mourir. C’était joué d’avance. Alors, une fierté franchit sa peur. Et sa douleur :

« J’ai aussi le droit d’avoir des amis… 

Il l’attrapa par les épaules. La ballotta, encore et encore. Et il hurla :

– C’est vrai ? »

Elle tomba de tout son poids sur le marbre patiné...

Mark : C’est vrai, tu as osé…

Elle espéra vomir. Pour inhiber ce cauchemar. Pour le faire taire enfin.

Mark : Si tu recommences, je te tue. 

 

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