Les romans de Lotis

Les romans de Lotis

J'écris, je partage, je rends compte

Elle contemplait les étoiles

Le parc – Elle contemplait les étoiles d’une nuit à tendance orageuse. Trois nuages coagulaient dans le ciel, autour des pics alpins. Un vieil homme sillonnait les allées. Il la dévisageait. Assise sur un banc, elle réfléchissait. Et dialoguait avec un litre de whisky.

Le vieil homme : Bonsoir. Excusez-moi, ça vous embête si je m’assois là ?

Il se bornait au murmure pour ne pas l’effrayer. Il la reconnaissait aussi. C’était une copine d’une fille très généreuse.

Cassandre : Non. Pas du tout.

Le vieil homme : Je suis un clochard, moi, je veux pas vous faire peur.

Cassandre : Ne vous inquiétez pas. Asseyez-vous.

Le vieux obtempéra. Convoita la fiole. La reine des boissons.

Le vieil homme : Vous m’avez donné un Montesquieu l’autre jour, vous vous souvenez ? Je connais un peu votre copine…

Cassandre :… Annabelle. Je me souviens de vous. Pas de problème.

Le vieil homme : Pourquoi vous êtes toute seule dehors à une heure pareille ? Vous avez pas de parents ?

Cassandre : Si, si. Mais mes parents… Ce n’est pas simple.

Le vieil homme : Vous buvez toute seule à votre âge ?

Cassandre : Tenez, prenez ces bouteilles, je déteste le whisky.

Elle livra son cadeau. Le vieil homme entassa les deux litres dans son cabas.

Le vieil homme : C’est gentil. Racontez-moi un peu ce que vous fichez là.

Cassandre : Je me prends la tête pour des conneries.

Le vieil homme : Si c’est à cause d’un garçon, il ne vaut rien, parce que faut être aveugle pour pas voir que vous êtes une personne de valeur.

Cassandre : Vous avez bien raison.

Le vieil homme : Ce bourgeois, il vaut rien. De la frime, c’est tout. Avec sa Ferrari. Moi, à votre place, je choisirais le serveur de la brasserie... Le bourgeois, il est trop vieux pour vous.

Cassandre : Vous en savez des choses, dites-moi…

Le vieil homme : À force de faire la manche, on en voit passer. Sans parler… Avec votre copine, vous jetez l’argent par les fenêtres…

Cassandre : Ah, on vous a donné trop ?

Le vieil homme : Ah, non, je dis pas… Mais des filles de votre âge avec des grosses coupures… Qu’est-ce que vous voulez qu’on dise ? Encore si vous étiez moches… Enfin, ce que j’en dis, moi…

Le cumulo-nimbus abordait la ville. Une pluie était éclose, fortissimo sur les tuiles.

Cassandre : Vous dormez ici ?

Le vieil homme : Où je peux. Les foyers, j’aime pas, même l’hiver, si je peux éviter… Bon, et vous ? Vous allez pas rester ici. Y pleut. Pourquoi vous allez pas voir ce garçon, il habite pas si loin…

Cassandre : C’est la nuit, c'est-à-dire…

Le vieil homme : Oh, il ferme tard des fois ! Vous allez pas le déranger. Vous pouvez pas rester ici jusqu’à demain.

Les gouttes s’agglutinaient sur son cabas. La pauvre petite allait mourir de froid sous l’averse.

Le vieil homme : Lui, ce garçon, il est sympa. Il est amoureux de vous. Ça saute aux yeux. Alors, allez le voir.

La jeune fille extirpa une liasse de sa poche. Lui adjugea. Il baissa le front.

Le vieil homme : Vous savez, j’aime pas trop son odeur, à ce cadeau-là.

Cassandre : Blanchissez-le. Faites ça pour moi.

L’homme acquiesça, lui serra la pogne chaleureusement.

Le vieil homme : Ça commence à tomber… Prenez bien soin de vous, hein ?

 

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