Les romans de Lotis

Les romans de Lotis

J'écris, je partage, je rends compte

Elle atteignit

Elle atteignit le lieu imposé par l’Énervée pour la prise de contact. Elle se coula dans la tiédeur d’une déco de chalet, en bois, bordeaux et or. Commanda un chocolat chaud. Tripota un peu son fétiche dans sa canadienne. Victoire et la nouvelle apparurent alors.

Victoire : Hello, la vieille. Voici Cassandre, dite la Poupée.

Annabelle : Je crois qu’on s’est déjà aperçues. Salut.

Cassandre : Tu dessines, c’est ça ?

Elle ravalait cafard et envie. À cause du physique de rêve, du maintien, tout droit jaillis d’un Hollywood révolu, années quarante ou cinquante. Elle était confuse, en plein trac. Étaient-elles toutes comme ça, les copines de Victoire ?

Annabelle : Je ne fais que ça.

Victoire : Hm, elle est où Vampi ?

Annabelle : En cours, elle va venir.

Elle pompa de la nicotine. Balança sa frivolité, un sourire à rendre malades de jalousie des angelots.

Annabelle : Alors Cassandre, comment va la vie en ce moment ?

Cassandre : Ben bien.

Annabelle : T’es consciente du fait que beaucoup de choses peuvent contribuer à un jugement erroné ?

Victoire : Tu déconnes toujours autant, la vieille ?

Soudain, une bombe blonde se rua à l’intérieur du café. Crachota un salut, se campa sur une chaise. Sans trop tiquer. Complètement interloquée, franchement inquiète, la brunette pensait :

« Ben oui, elles sont toutes comme ça, les copines de Victoire. »

La grande blonde affichait des mensurations sans égard pour le commun des mortelles, une dégaine glamour à la Debbie Harry.[1] Ses chances ne lui suffisaient pas. Des saphirs déployaient sur son être un halo de suavité. Ses lèvres s’ourlaient pour tracer un vol de mouette. Les boucles visaient le carré structuré presque peroxydé. Elle étincelait de grâce. Son faciès diaphane extorquait à un Renoir toute sa quiétude. Un temps, on voyait en elle La Liseuse.[2]  La fragilité à l’épreuve de la clepsydre. Là-dessus, son maquillage, un furieux, voulait abroger le tempérament, avec un rouge criard, des sourcils et des cils charbonnés. Sous l’éclat, rien à faire, la candeur persistait, signait. Escamotait même les soubresauts de révolte.

Lina : Et en plus, c’est une brune. C’est donc toi. Tu t’accapares Master ? 

À cette minute précise, son cran se liguait à sa déception, elle tonnait…

Cassandre : Master ?

Victoire : Euh, ouais. C’est le surnom de Mark.

Cassandre : Je m’accapare Mark. D’accord. Je te rassure tout de suite, c’est avec son consentement. Tu le connais bien ?

Lina : Bien, c’est un euphémisme.

Elle obliqua sur la brunette. Comme pour lui confier le plus intime des secrets.

Lina : Qu’est-ce que tu crois ? Tout est beau, tout est rose ? Mais je te le certifie, tu vas finir exactement comme les autres, trésor.

Annabelle : Là, t’exagères, bichette.

Victoire : Détendez-vous, les filles.

Lina : Je suis parfaitement détendue ! Alors, Cassandre, poupée ? Tu te prends pour Cendrillon avec le prince, il est beau, et même, il te dit qu’il t’aime ?

Liquidées les jérémiades, la rivalité la revitalisait. Une plus jeune qu’elle avait raflé sa place. C’était le déséquilibre de Mark, incarné face à elle, le tableau de sa naïveté. C’était la faute de cette fille aussi. Parce que l’intruse se glisserait dans le groupe. Parce qu’elle avait déjà trop conquis. Et elle, dans ses actualités à lui, où était son rôle ? Elle avait tout donné pour rien. Les hostilités se déclenchaient ici. La Blonde ne pardonnerait pas. Jamais. 

Lina : Ben, prépare-toi à tomber du cheval… !

Elle se dressa, courut se réfugier dans la rue. Sur sa banquette, la Belle oscillait, sous le coup de la crise diplomatique.

Annabelle : Elle est sur les nerfs, il faut l’excuser. Mark et Lina, c’est une longue histoire. Elle ne s’en remet pas…

Cassandre : Je comprends pas tout.

Victoire : Mais y’a rien à comprendre. La jalousie la bouffe, voilà !

Cassandre : Elle tenait à lui ?

Victoire : Autant que n’importe qui tient à son portefeuille.

Et elle s’empourpra.

 

[1] Chanteuse et icône du groupe Blondie dans les années 80.

[2] 1874, portrait.

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