Les romans de Lotis

Les romans de Lotis

J'écris, je partage, je rends compte

Don't believe the devil

Don’t believe the devil I don’t believe his book

But the truth is not the same without the lies he made up

I don’t believe in excess success is to give

I don’t believe in riches but you should see where I live

I… I believe in love. [...]

 

U2 – God, Part II (Bono/U2) – « Rattle & Hum », Blue Mountain Music Ltd 1988.

 

Saint-André, une boîte — Dans sa minirobe mi-broderie mi-paillettes, elle se sentait mal. Elle était en avance. Esseulée, perchée contre sa table, elle attirait tous les regards. Pire, elle en était consciente. Son nez en trompette s’enterra dans son verre déjà vide. Elle se pointerait en retard à l’avenir. Elle n’aurait plus à subir la latche[1], d’être un centre d’intérêt malgré elle.

Cassandre : Salut, Vampi. On se sent seule ?

Lina : Ouf, vous êtes là…

La Belle harangua une barmaid. Celle-ci rappliqua au quart de tour.

Annabelle : Coupe ou bouteille ?

Lina : Coupe. Trois coupes de champagne, s’il vous plaît.

La barmaid nota les commandes. Son œil caracola sur les trois filles.

Annabelle : Désolée, bichette. J’ai dû attendre mademoiselle. Elle a essayé un à un tous les pots de peinture qu’elle avait sous la main.

La barmaid se pressait enfin vers le bar.

Lina : C’est pas grave. Vu qu’on a un peu de liberté. Rien que pour nous.

Annabelle : Et si on tombe sur le Chauffeur ? On est quand même censées surveiller la petite. Pas l’entraîner à se cuiter.

Cassandre : T’en fais pas. La Blonde se chargera de Fabrice.

La barmaid reparaissait avec un plateau. Elle déposa sa cargaison. Empocha le billet de cinq cents. Dispensa la monnaie avec un merci laborieux, à peine professionnel. Puis s’éloigna.

Lina : Allez, on picole. Ils nous matent tous, c’est la cata.

Annabelle : Mais non, ça prouve qu’on est sensationnelles.

Cassandre : Niveau converse, j’suis pas persuadée qu’on leur ferait le même effet.

Lina : C’est ton bustier. Le vinyle comme ça, c’est criard. Vulgaire.

Cassandre : Et toi, tu te crois au Carnaval de Rio ? Eh, en fait, les mecs s’en tapent de notre matos, Vampi. Ils bavent tous sur la plus belle, star du porno incognito…

Annabelle : Quoi ? Il y a un souci avec ma tenue ?

Sa chevelure crêpée dans son gel, le skaï nacré de sa robe, de ses bottes explosaient dans les néons, avec des cônes de métal sur les côtes, des lacets fallacieux sur les hanches. Ses collègues ricanaient.

Lina : T’es très Amber Lynn[2]  avec tes clous partout. Ça peut prêter à confusion.

Elle avala son champ’ cul sec et inaugura une ère de blague.

Lina : Ils auraient tout juste, je sais. C’est parfaitement naturel…

Annabelle :… D’avoir toujours l’air en chasse ? 

Cassandre : En théorie, nous, on n’a pas besoin de chasser… 

Annabelle : C’est bien aussi de se faire draguer. Tant qu’il y a du gibier pour raquer. 

Lina : Là-dessus, je certifie que c’est la bonne boîte…

Annabelle : Un chouya de non bagué, beaucoup de bagués en vadrouille, genre : non, chérie je ne te fuis pas, je vais acheter des cigarettes.

Lina : Qui mise sur plus de six consos offertes ce soir ? 

Annabelle : Chauffe bichette, chauffe ! Ras-le-bol de dépenser mon blé, c’est rempli de portefeuilles ici !

Les coupes épuisées, la Belle s’éclipsa, en réclama d’autres. Attablée à nouveau, elle embrasa sa 100'S.

Annabelle : La serveuse, elle est délirante. Dès que je la croise, elle fait comme si j’allais la mordre.

Lina : On la connaît pas, celle-là. Elle a pas l’habitude.

Annabelle : C’est bien un de tes amis, le proprio de la boîte ?

Lina : Un de mes amis très assidus.

Aimantée par le sujet, la barmaid se manifestait.

Cassandre : ça se transmet par simple contact, ce germe ?

La barmaid distribuait la deuxième tournée. Barricadait ses conduits auditifs.

Annabelle : C’est comme la prostitution, il lui faut un terreau de connerie humaine pour rester bien vivace.

Lina : Bien sûr, mais sans thune, la prostitution n’existerait pas. N’est-ce pas ?

Royale, elle tendit un autre billet de cinq cents à la barmaid.

Lina : Excusez-moi, ça ne va pas du tout. Vous voyez de quoi je parle ?

La barmaid réfuta, non, elle ne voyait pas.

Lina : Votre tête ne me plaît pas. Demandez à quelqu’un d’autre de nous servir la prochaine fois. Et rendez-moi ma monnaie. Tout de suite.

La barmaid se changeait en rosace vermeille. S’exécutait. Virait vers les autres clients. Des gloussements lui parvenaient.

Cassandre : Vampi, tu devrais avoir honte.

Annabelle : Ce n’est pas sympa, narguer une honnête femme.

Lina : Apprenez qu’il n’y a pas de petits plaisirs. Surtout pour des filles comme nous.

Annabelle : Si on allait pêcher une Daphné ?

Lina : La pauvre se remet encore de son unique soirée avec le clan.

Annabelle : Elle aura peut-être cuvé d’ici un mois.

Lina : Elle boit que du soda. Déprimant.

Annabelle : Elle s’ennuie jamais ?

Lina : Elle, tu rêves ! C’est une intello.

Annabelle : T’en as du bol, elle va décrocher le bac à ta place.

Cassandre : Une autre fois, on lui paiera le resto.

Annabelle : Et des bijoux ben voyons…

Lina : Elle dira, d’où vous tirez de quoi payer ?

Annabelle : On a palpé le gros lot au tirage du Loto.

Cassandre : Drôle, le loto.

Annabelle : C’est à celle qui ramassera le plus de gains et le moins de pains.

La Blonde considéra sa montre. Se rendit compte de l’heure, il était déjà tard.

Lina : Tu vas pas chez lui ce soir, mademoiselle ?

Cassandre : Ben non, il est en voyage.

Lina : Ah bon ? Je croyais qu’il partait demain ?

Les coïncidences filaient une à une vers un thème. Le cadran scintillait, argenté, doux, à l’image d’un babil.

Annabelle : Euh. C’est bizarre. J’ai pas réussi à trouver l’Énervée.

Des corrélations et une synthèse plus loin, le bilan d’une addition valsait dans ses neurones.

Annabelle : Ils sont toujours aussi discrets.

Lina : Attends, tu penses aussi… ?

Mademoiselle, le teint porcelaine sous son blush, se braquait sur l’une, puis sur l’autre.

Cassandre : Vous pensez à quoi ?

Un nœud se fortifiait dans sa trachée. Une avarie dans une coquille. Puis une violence, une effervescence à l’improviste.  

Annabelle : Bichette ? Franchement, tu crois qu’elle… ?

Lina : Tu la connais. Rien ne la rebute. Moi, en tout cas, j’ai jamais rien empêché.

Cassandre : Quoi ?

Annabelle : Eh, on peut se tromper. Elle a peut-être un extra.

Elle lapa un relief de bulles. Les iris d’azur de la Blonde s’écarquillaient.

Cassandre : Vic. Mark. J’ai pigé. C’est habituel.

Lina : Habituel, je ne sais pas, c’est arrivé…

Cassandre : T’aurais pu me prévenir. Grande sœur.

Lina : Je savais pas qu’ils remettraient le couvert ! Il a que toi dans les idées…

Cassandre : T’es l’innocence même. Et l’Énervée, tu la connais. Elle adore les embrouilles à dix balles. Surtout si c’est bien payé. 

Elle engloutissait son mousseux. Une solution taraudait son cerveau. Une faille dans la carapace de l’Énervée. Une erreur dans l’attitude de Mark. Tout était parfait.

Cassandre : Il revient quand en réalité, alors ?

Lina : Une semaine, cinq jours, je sais plus…

Cassandre : On va dire cinq jours.

Elle se leva d’un bond. Une serre percuta son épaule.

Lina : On vient. Je veux manquer ça pour rien au monde.

 

 

[1] Pardon : la honte.

[2] Actrice porno des années 80, à la chevelure oxygénée. Renommée pour sa sauvagerie.

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