Les romans de Lotis

Les romans de Lotis

J'écris, je partage, je rends compte

Depuis le fond de son fauteuil

Saint-André — Depuis le fond de son fauteuil, il balayait les sculptures du regard. Son attention refluait parfois sur son whisky. Il le sirotait alors. Son hôte éludait chaque dilemme d’un rictus radical.

Mark : Certains aspects ne me concernent absolument pas…

Yves : Je peux du moins rester pour la rencontrer ?

La sonnerie du téléphone éclata. L’hôte répondit. Écouta son correspondant une minute, la politesse le ramena vers l’invité.

Mark : Je m’excuse.

Il s’absenta. Le Vieux noua un examen à son départ, l’attendit. À travers la baie, il devinait sa propriété en bord de lac, tapie sous la neige derrière ses grillages. Dans ce fief, il se reposait entre ses déplacements, il recevait ses volées de filles en toute tranquillité. Seule Lina séjournait souvent dans une de ses chambres d’ami. Il appréciait sa compagnie moins frivole que les autres. Son épouse, quant à elle, s’arrangeait pour voyager des Baléares à Rio, de Marrakech à Sydney, avec n’importe lequel de ses jeunes amants. Le mariage leur convenait mieux ainsi. Il avait de quoi occuper sa retraite précoce après une carrière de chirurgien. Pourtant, il ressassait, une jeunesse qui l’obnubilait.

Deux furies aboulèrent dans le hall. Inondées, elles balancèrent leurs perfectos sur les cintres, foncèrent vers le salon. Là, un cubain pérorait une fumée autour d’un homme. Celui-ci se leva, décerna le barreau de chaise à un cendrier de granit.

Victoire : Bonjour, Yves.

Derrière l’écran de lunettes à monture de métal, des aciers bleutés mordaient sur les anatomies. Sans prévenir, les filles se sentirent toutes nues. 

Yves : Bonjour, Victoire… Et qui est cette demoiselle ?

Victoire : Je te présente Cassandre.

Yves : Je suis charmé de vous connaître.

Il s’arrogea tout de go une main, la secoua.

Cassandre : Enchantée.

Une tutelle en forme de paume se greffa sur sa clavicule. D’instinct, elle recula.

Yves : C’est donc vous.

La jeune fille rétrogradait encore. L’Énervée la secourut…

Victoire : C’est elle.

Elle contrôlait jusqu’au pétillement de ses yeux. Si elle faiblissait, une répulsion flagrante se lirait sur sa face. Parce qu’elle le détestait. Cordialement. Il l’avait dupée, humiliée, comme chaque débutante. Sauf qu’elle se méfiait depuis. Elle pardonnait moins que Lina. Le Vieux s’enracina sur son coussin. Confisqua son cigare au granit. Les filles gardaient les têtes baissées. Le tabac polluait les papiers peints. Mark se ralliait enfin à eux. Ils étaient tous muets.

Mark : Cassandre, je peux te voir une minute ?

Elle s’affola un peu. Il s’empara de ses doigts dans le couloir, ne les délivra pas. Il la conduisit à son bureau. Il finit par l’enlacer, un gage de tendresse.

Mark : Tu vas te libérer ce soir. Nous sortons.

Elle géra une surprise. Cette douceur, ces termes. Seulement, les jades s’arrimaient dans le secret de son petit cœur.

Cassandre : Qu’est-ce qui t’arrive ?

Mark : Nous allons dîner avec mon meilleur ami. Maintenant, retournons là-bas.

Quand ils reparurent, le Vieux et l’Énervée n’échangeaient toujours pas un mot.

 

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