Les romans de Lotis

Les romans de Lotis

J'écris, je partage, je rends compte

Dans chaque regard, j'ai cherché.

Saint-André, quartier de la gare – Dans chaque regard, j’ai cherché… Il réfrénait une angoisse. Il s’efforçait d’apercevoir derrière la vitre autre chose que les néons, les poubelles, la cabine téléphonique, les immeubles. Et si elle ne revenait plus, sans le prévenir, sans la moindre explication ? Si elle occultait simplement le fait qu’il l’attendait là ? Il la reconnut enfin, elle traversait la rue. D’une pirouette du côté interphone, il lui ouvrit le porche. Il ramassa un bouquin. Elle était là. Elle toquait. Le jeune homme s’absorba dans la lecture de n’importe quelle page, au hasard. Avec un air de diplômé es lettres. 

Cassandre : Je suis pas trop en retard ?

Le perfecto atteignit le montant d’une chaise. Elle balaya une anglaise trempée sur son front.

Michael : J’ai vu pire.

Une moue, un embarras, un baiser friand, découpèrent le zeste de stress. Au passage, elle déroba le livre, du bon vieux Prévert. L’éjecta sur une étagère.

Cassandre : Tu vas pas lire quand je suis là, j’espère ?

Michael : J’ai ma vie aussi, je ne vais pas passer mon temps à t’attendre…

Cassandre : J’y peux rien. J’ai croisé Victoire.

Michael : Ah. J’aime bien Victoire, de loin…

Cassandre : Se tenir loin des parasites, c’est compliqué.

Michael : C’est une copine à toi, non ?

Cassandre : J’ai l’avantage de la connaître très bien : elle est plus tenace qu’un virus, tu restes avec elle cinq minutes, elle t’englue !

Michael : Comme toi, tu veux dire ?

Cassandre : Ah non ! Moi, je suis un parasite plus agréable.

Elle lui lançait un coup d’œil sévère, se concoctait un café dans la kitchenette. Il décrochait son banjo dans un placard.

Michael : Je te chante tout de suite ce que tu m’inspires.

Il s’affala sur le clic-clac. Elle, intriguée, avançait. Le banjo massacrait les accords, l’interprète singeait Brassens :

« Elle n’avait pas de tête, elle n’avait pas

L’esprit beaucoup plus grand qu’un dé à coudre

Mais pour l’amour on ne demande pas

Aux filles d’avoir inventé la poudre… »

Elle, ulcérée, écoutait le refrain en entier. Avant de se jeter sur lui pour le frapper.

Cassandre : C’est vraiment ce que je t’inspire !

Il abandonnait le banjo, la prenait dans ses bras :

« Je t’aime comme tu es, jolie vache déguisée en fleur. »

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