Les romans de Lotis

Les romans de Lotis

J'écris, je partage, je rends compte

Au loin

Au loin, les nuages s’imbriquaient dans les massifs en forme de dent. Les vallées, le lac ne respiraient plus. Les masses grises s’insinuaient partout, plombaient jusqu’aux plus hauts sommets. Dans les ruelles, les touristes ne circulaient plus. Les flaques se creusaient dans les jardins. L'avant-toit pleuvotait sur la rambarde de la terrasse. L’automne s’était implanté sur Saint-André. Presque un an avant, une jeune fille en tee-shirt magenta le dévorait du regard dans le salon. Mark tourna le dos aux stratus.  Elle bouquinait son Baudelaire à l’intérieur. Il ménagea une minute et demie de paix. Puis se réveilla :

« Cassandre, tu me tromperais ? »

Elle loucha hors de ses poèmes.

Cassandre : Je te trompe quand tu me le demandes. Mon chéri.

Mark : Et sinon ?

Cassandre : J’ai pas le temps.

Le mensonge empruntait le format classique de la sincérité. Elle s’affola un peu. Il releva son menton. Planta les iris de jade sur ses yeux. Et elle oublia le monde, ses priorités, l’utilité de renchérir encore.

Mark : Et si tu n’avais plus de client ? 

Elle distingua une pulsation dans ses os, une harmonie. Son sang palpitait, un tempo dans son cou. C’était brutal, enchanteur.

Mark : Baby, si tu cessais de travailler pour moi ? Si nous reprenions tout, depuis le début…

Elle réprima le sanglot dans sa trachée. Le rythme se précipita dans ses tympans. Tambourina de plus en plus dans son front jusqu’à l’étourdir. Elle avait longtemps anticipé ce moment. Elle l’avait tant espéré.

Cassandre : Tu me fais marcher ?

Elle croyait son cœur endurci. Et il fondait déjà.

Mark : Bien sûr que non.

Il l’enlaça. Lui souffla un tendre repentir :

« Je regrette… Il n’y aura plus de client, jamais, je te promets… »

Des larmes furetaient çà et là dans les prunelles, sur les joues. Il les essuya.

Mark : Je ne veux plus te voir pleurer. S’il te plaît…

Cassandre : C’est vrai ?

Elle allait désamorcer d’autres conflits. Les jades badinaient. Un avenir enfin, une possibilité s’entrouvrait. Elle allait passer un coup de fil à Annabelle. Lui demander de convaincre Michael. Puisque rien d'autre ne valait la peine, que ce que Mark voyait en elle.

Mark : Je te donne ma parole.

 

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