Les romans de Lotis

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J'écris, je partage, je rends compte

Au-dessus de Solèse

Au-dessus de Solèse – Les pilotes amorçaient la phase d’atterrissage. L’homme avait bouclé sa ceinture. Il considérait par le hublot le lot de nuage ancré dans les cimes. Une chaîne ciselée dans le ciel par des géants. L’avion vira à droite, les prairies et la basse montagne enneigées se rompirent à pic contre le fleuve. L’artère ténébreuse serpentait en amont, puis s’enclavait dans une cuvette. Là, entre deux barrières de massifs, l’agglomération de Solèse s’étendait. Les ramures de plusieurs rivières traversaient les localités pour aboutir dans les eaux fluviales. À l’intérieur du triangle baptisé Petit-Lac, la rade baignait dans les zones urbanisées. Derrière l’aéroport pourtant, les usines, les banlieues abdiquaient encore devant les hectares de cultures, les bourgades. Du centre-ville aux faubourgs agricoles, les carrés avaient surgi partout, au hasard. L’esprit Solésien aimait brasser ainsi les prouesses architecturales, les bâtiments d’intérêt historiques et les buildings du type cage à poules. Tout était à sa place, comme à chacun de ses retours. Solèse n’aurait sûrement pas innové en son absence.

L’hôtesse était tout à fait charmante. Sa présence, puis les secousses de l’appareil affranchirent l’homme de ses humeurs. Après le débarquement, il vagabonda dans l’aéroport. S’attarda dans un kiosque. Acheta le quotidien le plus lu du canton. Il progressa ensuite au milieu de hordes de japonais. Dehors, il héla un taxi. Soupira. Il n’aimait ni rentrer chez lui, ni en partir. La circulation à cette heure était fluide, le taxi dévala les avenues. Plus bas, un pont routier enjambait les tourbillons, près de la jonction entre lac et fleuve. Le dernier à relier rive droite et rive gauche. Le taxi l’emprunta.

Autour des berges et de la rade, les rues s’offraient à toute une clientèle hétéroclite. Solèse aguichait par ses enseignes les plus huppées, ses banques de prestige, ses bijouteries, ses escales à touristes, ses hôtels de luxe. Ses universités s’exhibaient sur des lits de verdure. Ses logis dans les beaux quartiers, ses propriétés de rêve dans son jupon, activaient les tentations, déifiaient la fortune. Puisqu’à Solèse, on glorifiait les ambitieux, nul besoin de se cacher pour posséder. Les capitaux s’importaient, s’exportaient et s’étalaient. C’était la patrie des voitures de sport, de collection, des habits griffés, des émirs en villégiature, des papys richissimes et de leurs top models. La masse travaillait et admirait. 

Sur la rive gauche, les villages prospéraient, intégraient peu à peu la grande Solèse. Les parcelles se consacraient désormais aux villas d’exception, à la végétation préservée. L’homme retrouva ses arpents de terrain, son domaine en bout d’impasse. Il téléphona à son ex-femme qui avait emménagé dans le sud. Il lui relata son vol par le menu, le temps maussade sur Solèse. Elle lui conseilla de se changer les idées. De se couvrir. Elle évoqua sa sensibilité aux variations de climat. Ce microclimat solésien. Elle méprisait, elle, ce brouillard, ce vent, cet hiver à peine tempéré. Sa voix distante s’éteignit. Ils raccrochèrent.

L’homme se félicitait de leur entente, rescapée après leur mariage très tumultueux. Ils avaient réussi le divorce. In memoriam, il caressait sa tête bien luisante. Les épis, les peignes, n’étaient plus un problème pour lui. Depuis ce jour, lorsqu’elle était partie, il se rasait le crâne.  

 

 

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