Les romans de Lotis

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J'écris, je partage, je rends compte

La bonne et la mauvaise victime

#pédocriminalité #Epstein #prostitution

#pédocriminalité #Epstein #prostitution

Certains d’entre vous peuvent se poser la question. Pourquoi les victimes de réseaux du type Epstein n’osent pas témoigner ? Pourquoi ne se font-elles pas connaître ? 
 

L’affaire Epstein semble à peine affecter nos élites à nous. Les réseaux pédocriminels, c’est un peu comme le nuage de Tchernobyl, ils épargnent miraculeusement la France, nous aurions un Jean-Luc Brunel et c’est tout. C’est à se montrer cynique. 
 

Ainsi, sans doute la différence de mentalité entre les États-Unis et nous, sur le Vieux continent, explique le désintérêt presque général : une presse qui, dans sa majorité, se fiche complètement de l’investigation, encore plus si l’investigation peut être taxée de complotiste. Des institutions, des gouvernements, qui ne savent pas protéger.  Un terreau à pédocriminalité. Comme pour #MeToo, c’est toujours plus difficile de libérer la parole ici.

 

À entendre certains, pour être résilient, il faut aller de l’avant, il faut porter plainte. Si tu n’es pas doté de ce courage-là, n’espère pas te reconstruire. J’épargne à mes lecteurs dans ce billet la recherche infructueuse de psy formé oud’un accompagnant capable de recevoir la parole des victimes : une quête impossible qui épuise. 

 

D’un coté, il y a la «  bonne victime »

 

Porter plainte… Un parcours du combattant qui dure des années. Au détriment d’une vie affective, d’une éventuelle vie professionnelle, envers et contre tous et tout, quand on porte plainte, il faut être capable de tout laisser de côté, de devenir obsessionnelle, et de tout encaisser. Quand tu es la bonne victime, tu sors de la merde pour replonger dans une autre, judiciaire celle-là, avec tous les à-côtés. Seras- tu crue, seras-tu fiable ? Imaginons un peu le cas où l’agresseur bénéficie d’une position sociale au-delà de la norme, est riche, en vue, voire célèbre. Ne parlons même pas du cas Epstein où tout un réseau autour de l’intelligentsia se partageait des jeunes filles. Epstein lui-même tenait un carnet. L’affaire ne serait pas allée si loin si une victime avait tenu un carnet. D’ailleurs, au moment des premières plaintes, elle n’avait pas l’ampleur actuelle. 

 

C’est souffrance sur souffrance aussi, de poursuivre la lutte acharnée. À chaque fois, il faut raviver les douleurs. Je pourrais écrire aussi la « vraie victime ». Parce qu’on entend partout que ce sont les vraies victimes qui portent plainte.  

 

 

De l’autre, il y a la « mauvaise victime ».

 

On parle ici de celle qui a renoncé à se faire entendre en tant que victime. Celle qui fait semblant de mener une vie tout à fait normale en dépit des cauchemars ou des autres résidus de la mémoire traumatique. Au début, la mauvaise victime a bien essayé de se faire entendre. Mais à l’époque, et encore aujourd’hui, le parcours presque fléché pédocriminalité égale prostitution, tout le monde le considérait comme naturel. Il ne fallait pas trop que ça se sache. C’était la seule condition. 

 

La mauvaise victime a dû admettre dans la douleur que c’était un combat inutile. Le pot de terre contre le pot de fer. Ce sont opposés toutes sortes de raisons.

On l’a vu dans l’affaire Epstein. Certaines victimes sous emprise peuvent devenir partie intégrante du système. Elles se mettent à recruter, et même disent pendant un temps se plaire dans ce système.

 

C’est ainsi que se perpétue l’emprise d’un tel réseau, par les remords et les regrets.

 

Avec le recul, une fois sorti de ce système, les remords ne pèsent pas sur les agresseurs originels. On les fait peser sur la « mauvaise victime ». Elle entend un nombre incalculable de fois qu’elle avait choisi, que bon, elle était bien consentante, bien tordue à la base. Qu’elle aurait pu refuser. Même par ses proches. Et puis, ce n’est pas grave, de s’être vendue. Il paraît qu’il existe une prostitution heureuse. En résumé, la mauvaise victime en fait des tonnes pour rien. En plus, elle en a bien profité aussi, de ce fric. 

 

Que s’est-il passé quand la mauvaise victime a voulu parler ?

 

Le moindre mal, c’est que tous ses amis se sont détournés d’elle, sa famille, ses proches, les gens qu’elle aimait. Ceux autour d’elle qui avaient fermé les yeux, ne voulaient pas entendre voire ont décidé de la considérer comme une dangereuse paranoïaque. C’est aussi ce qui est arrivé à Karen Mulder en 2001, je crois. On a voulu la faire passer pour folle, la faire interner. Ses  amis l’oublient, en particulier celles et ceux qui fréquentaient le même monde qu’elle. Elle se retrouve seule, vraiment très seule. 

Repartons dans l’imaginaire. Si dans ces réseaux que la mauvaise victime a fréquenté figurent des personnalités, les pressions de l’entourage seront d’autant plus marquées. C’est un électrochoc  d’être traité de folle par ceux qu’on aime alors qu’ils savent très bien qu’on dit la vérité. Simplement parce que on a voulu parler. Même pas porter plainte, juste parler.

 

Le risque de mourir pour avoir voulu parler est aussi bien réel. Je frémis lorsque je constate que ce risque est sous-estimé par nombre de personnes bien intentionnées. Sous-estimé comme l’influence, l’entrelacement des pègres avec ces réseaux, ou avec les réseaux financiers. La mauvaise victime le sait. Elle a vu des choses dont vous ne soupçonneriez même pas l’existence.

 

La mauvaise victime sait donc qu’elle ne portera jamais plainte. 

 

La mauvaise victime a choisi de continuer tant bien que mal avec ce passé-là, et ces souvenirs-là, son petit chemin tranquille, loin du tumulte et de la foule. Qu’elle ne supporte plus. Elle s’en fout, de la résilience, dans son coin. La résilience heureuse, ce « oh quel courage », elle se l’est apportée seule au travers de ses trois bouquins. 

 

Et la prochaine fois, si j’en ai le temps, je reviendrai sur la résilience. 

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